ADIF Aisne

Abbé Emile Lavallard -Déporté-Résistant n°84636-

Curé d’une paroisse clandestine dans un camp nazi.
Témoignages parus dans le Journal « Le Déporté » n°230 de septembre 1967 et dans le livre « Sacho » de l’Amicale d’Oranienburg-Sachsenhausen, de : Roland PICART n°65478 André QUINTON n°84808 Maurice THUILLIER n°85027
L’abbé LAVALLARD et ses compagnons ont quitté le camp de Compiègne-Royallieu le 4 juin 1944, pour être entassés dans un train de marchandises où ils survivent dans des conditions atroces durant plusieurs jours. Le 7 juin, ils arrivent au camp de concentration nazi de Neuengamme.
Après un séjour de trois semaines dans ce camp (le temps de faire une connaissance rapide et cruelle avec les méthodes concentrationnaires nazies), ils sont dirigés vers le camp d’Oranienburg-Sachenhausen, puis le 3 juillet vers un "kommando" de ce camp : celui de Falkensée, où ils sont affectés à la fabrication d’obus. (Voir article sur le sabotage des obus)
A Sachenhausen, les prêtres sont groupés dans un même bâtiment, aussi, l’abbé LAVALLARD -Curé de Bouchoir dans la Somme—devenu le n°84636- aurait pu éviter ce nouveau transfert. Mais ne voulant pas être séparé de ses compagnons, il déclara être professeur. (Ce qui n’est pas un mensonge confie-il avec un sourire ironique, je suis un « professeur en théologie »)
A Falkensée les nouveaux arrivés sont accueillis chaleureusement et fraternellement par les anciens qui vivent et travaillent ensemble depuis plus de 15 mois.
L’abbé LAVALLARD mis en confiance ne tarde pas à manifester le désir d’exercer « clandestinement » son ministère. Falkensée sera ma paroisse ! dit-il. C’est alors une véritable chaine d’entraide qui s’organise ; laïcs et athées rivalisent d’astuce pour réaliser le souhait de leur nouvel ami.
C’est un admirable exemple de solidarité et de tolérance, continuant en déportation cette union des cœurs et des hommes qui était le véritable ciment de la Résistance.
Des contacts sont pris avec les civils de l’usine et par ces intermédiaires, des Prisonniers de guerre peuvent joindre un Aumônier militaire.
Mais il ne faut pas croire que tout va se passer sans difficultés, ni complications. Le « kommando » de Falkensée n’a pas la réputation d’un « kommando » facile… comme dans tant d’autres les S.S. et les Vorarbeiters y sévissent… on y meurt de toutes les « manières » : d’épuisement, de brutalité, de pendaison, parfois de désespoir.
Les « Kolonnes »de travail sont fréquemment fouillées, au départ, à l’arrivée, parfois sur le lieu de travail. Alors, malheur à celui qui est porteur d’objets interdits : outils, couteaux, briquets, journaux, etc…
Toutefois un Missel et des Hosties parviennent à l’abbé qui a le souci de les dissimuler aux regards indiscrets.
Quelle joie ! pour ceux qui depuis leur arrestation se cachent dans l’ombre des dortoirs pour réciter leur chapelet, chapelet qu’ils ont fabriqué avec des bouts de ficelle (des nœuds représentaient les grains) Oui, quelle joie de pouvoir assister à une vraie messe. !
Quelle Victoire pour l’abbé LAVALLARD de pouvoir célébrer sa première messe dans sa paroisse de Falkensée, quatre mois après son arrivée au « Kommando »
C’est le dimanche 5 novembre 1944
dans l’abri enterré entre les blocks 2 et 4
Une vingtaine de Français recueillis attendent…
Une planche posée sur 2 morceaux de bois c’est l’AUTEL
Un gobelet (un quart) c’est le CIBOIRE
Une boite à cirage c’est la CUSTODE

Comme au temps des premiers chrétiens des Catacombes, dans des conditions aussi précaires, un humble prêtre, un Français en costume zébré de bagnard, célèbre la première Messe sur cette terre d’Allemagne hitlérienne, où les persécutions les massacres, l’esclavage se perpétuent comme au temps de la Rome antique. Ici, les rugissements des fauves dans le Cirque, sont remplacés par les vociférations bestiales des S.S., Vorarbeiters, Blockaltesters
Dans cet enfer… un homme apparait, il apporte la parole de PAIX et d’AMOUR. La Lumière dans les Ténèbres…
Mais alors qu’au fond de l’abri des hommes sont tout entier à leur FOI, en haut, à la surface près de l’entrée, se tient un groupe de Français qui interdit l’accès aux personnes indésirables. Ces Français pour la plupart des laïques montent, comme dit savoureusement un syndicaliste parisien, un « piquet de grève ». C’est une magnifique leçon de fraternité et de tolérance donnée dans le danger et dans l’épreuve.
Tous les dimanches, sans interruption, l’abbé LAVALLARD, célèbre la messe pour ses paroissiens de Falkensée.
A Noël 1944, après la messe, tous se retrouvent au « block » 2 et c’est notre camarade, Lucien PINON –un militant communiste- qui, pourvu d’une belle voix entonne « le MINUIT CHRETIEN » d’Adam, au milieu d’une assistance émue de camarades de toutes opinions et confessions.
L’abbé LAVALLARD dit sa dernière messe le 18 février 1945 -1er dimanche de Carême- Atteint d’un phlegmon depuis janvier, et passant souvent sa « soupe » à de jeunes camarades, il s’affaiblit de jour en jour. Puis, il fait une phlébite, le mercredi 21 février, il quitte sa paroisse de Falkensée pour être évacué au grand camp de Sachsenhausen. De là, peu de temps après, il est transporté au camp de Mauthausen, où il meurt le 13 avril 1945 après avoir entrevu la VICTOIRE des Alliés, pour laquelle, IL AVAIT TANT PRIE et TANT TRAVAILLE dans la RESISTANCE.

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Plusieurs Déportés-Résistants de notre ADIF 02 sont partis de Compiègne avec l’abbé LAVALLARD et ont été transférés avec lui à Falkensee, d’où notre désir de faire connaître son "parcours"

 

 

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